Un endroit qui s’appelle Paulilles
Amoureux de nature et de patrimoine, vous vous êtes probablement déjà rendus dans la baie de Paulilles, écrin désormais protégé entre Port-Vendres et Banyuls, non loin du cap Béar, anciennement site de la dynamiterie Nobel et de son village ouvrier.
Mais que vous connaissiez ce lieu ou que vous ne le connaissiez pas encore, il est un livre qui vous en fait pénétrer toute l’âme :
c’est le roman de Nicole Yrle, « Les dames de Paulilles » paru justement aux éditions Cap Béar.

Ce roman a l’étoffe d’une grande saga (que l’on imaginerait très bien à l’écran) qui fait se rencontrer sur plus d’un siècle la grande et la petite histoire.
Prenant pour fil conducteur une lignée familiale sur cinq générations, l’auteur nous fait traverser les grands moments du XXe siècle en traçant la destinée de cinq femmes dont le prénom commence par la lettre M, comme la mer, comme la mère. A l’usine, Madeleine, Marie, Maria, Marion ont toutes été encartoucheuses. Toutes ont été viscéralement attachées à ce lieu, toutes ont vécu, sué, aimé, enduré à Paulilles. Toutes sauf Marine, la petite dernière qui y est née mais qui était encore une enfant quand l’usine, l’école, les maisons ont fermé, quand la vie s’y est arrêtée. Ainsi c’est par elle, la plus jeune, que la mémoire refait surface, que les secrets de famille se libèrent de leur poids.
Non seulement Nicole Yrle a dessiné pour nous des portraits forts et attachants mais encore son roman a valeur de documentaire tant l’on sent que le récit s’anime d’une volonté de la plus grande véracité possible :
les conditions de travail et leurs risques inouïs, les différents gestes et postes pour travailler « la matière », les accidents, le rythme de la vie quotidienne, les rapports entre les différentes familles et nationalités, le contraste qui résulte de vivre durement dans un cadre à la beauté sauvage ravissant les cinq sens, tout cela est très précisément évoqué et ne fait qu’en renforcer l’émotion.
Enfin, pour parfaire l’éloge de ce roman poignant, soulignons l’insertion dans l’intrigue d’un pan méconnu de l’histoire : celle d’une France coloniale qui attira en son sol avec la promesse d’une vie meilleure des milliers d’Indochinois de la région d’Annam, les Annamites, afin de remplacer la main d’oeuvre partie au front et qui furent traités comme des sous-hommes.
Juste réhabilitation de leur dignité que de décrire le sort ingrat qui leur était réservé, accomplissant les taches les plus dangereuses, alors qu’ils étaient déracinés et pourtant ouverts à la rencontre de l’autre, au partage des cultures.
Vibrant hommage à la mémoire d’un lieu, « Les dames de Paulilles » de Nicole Yrle n’est pas un roman « nobelisable » mais pourrait l’être, à l’échelle locale, en ce qu’il magnifie son histoire industrielle, sociale, humaine, universelle.
Découvrir l’auteur et ses autres livres : www.yrle.com/nic/
Découvrir l’éditeur : www.cap-bear-editions.com




