18octobre
Samedi après-midi en centre-ville à Perpignan : du monde partout, dans les rues, les terrasses, les commerces.
Je rentre dans une boutique de beauté. Il est seize heures passées et bien des gens sont déjà passés par là à en juger l’état des étalages.
Je m’approche du rayon cosmétiques et commence à regarder les différents produits.
A côté de moi, une vieille dame est à la recherche d’un rouge à lèvres. Nous sommes côte à côte à fureter quand très naturellement elle m’explique qu’elle voudrait retrouver le même rose que celui qu’elle porte mais qu’elle n’y parvient pas. Derrière nous, une agitation intense et aucune vendeuse disponible pour la conseiller.
Je commence à chercher avec elle tout en jetant un oeil à ses lèvres pour en vérifier la teinte . Elle me regarde et me dit :
« Oui, je voudrais ce même rose-là, un rose qui se voit bien quand on le met. Enfin…à mon âge vous me direz…j’ai 82 ans ! ».
Je souris et lui réponds qu’il n’y a pas d’âge pour la coquetterie, que ma grand-mère était pareille.
Nous partageons un regard complice.
Puis je me mets à chercher le fameux rose pendant qu’elle fouille dans son petit sac pour retrouver le tube qu’elle voudrait remplacer à l’identique. Malheureusement, il n’en reste que le capuchon.
« Il a dû tomber, me dit-elle, il glissait tout le temps! »
Je repère la gamme auquel il appartient mais hélas les contenants ont déjà tous changé d’aspect même si le produit semble le même. La dame est un peu perdue. Je passe deux teintes de rose qui pourraient convenir sur le dessus de ma main et les lui montre.
« Ils sont jolis ceux-là non? Regardez, ils sont nacrés, on les voit bien hein? »
La dame confirme mais se remet à chercher dans son sac en s’excusant de me faire perdre mon temps. « Vous devez être pressée ».
Moi, je reste là à côté d’elle, je ne trouve pas non plus ce que je cherche. Je suis tout autant gênée par le tumulte et le désordre qui règne dans cette boutique.
Je dis : »Aujourd’hui c’est samedi, il y a beaucoup de monde… c’est pas facile de trouver ce qu’on cherche ».
« Oui, c’est vrai, je ferai mieux de revenir un autre jour. D’habitude, je ne viens pas le samedi ».
Nous continuons cependant un petit moment encore à regarder les teintes mais même les échantillons manquent pour les essayer alors finalement, la vieille dame s’arrête et tout en s’apprêtant à partir me dit :
« En tous cas merci ! Ca me fait un grand plaisir de voir qu’il y a encore des gens qui savent se rendre disponibles. »
« Oh mais il y en a, vous savez », je lui réponds.
« C’est vrai, et des jeunes, vous pouvez pas savoir comme c’est réconfortant. «
Nous échangeons un geste amical de la main.
Moi j’étais bien à côté de cette dame. Je n’ai rien acheté, elle non plus.
Et, très sincèrement, je n’avais plus besoin de rien.