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« D’une seule voix »

8mars

J’en ai déjà parlé avec le livre « Rien que ta peau » de Cathy Ytac mais je tenais à souligner l’esprit de cette collection née en 2008 chez Actes Sud Junior.

Elle est dirigée par Jeanne Benameur et Claire David, toutes deux écrivains.

Je vous livre ici tel quel le texte de présentation résumant l’intention de cette collection pour ados et adultes:

D ‘ U N E   S E U L E  V O I X

« Des textes d’un seul souffle. Les émotions secrètes
trouvent leur respiration dans la parole. Des textes
à murmurer à l’oreille d’un ami, à hurler devant son
miroir, à partager avec soi et le monde. »

12 titres sont déjà sortis. Retrouvez-les en cliquant ICI

Grande qualité littéraire qui s’illumine en effet par une mise en voix
Des sujets forts, peu souvent abordés, évoqués sans tabou mais des mots justes à chaque fois
Moins de 100 p., avec une mise en page facilitant la lecture à voix haute.

Attention : émotions  garanties

Un très beau parti pris qui unit davantage l’auteur et son lecteur dans le plaisir tenté et reçu. En ajoutant à ces textes une dimension musicale calquée sur la respiration intime, le souffle est comme soulevé par les battements de coeur des mots, le lecteur se les approprie, les restitue, les mâche et les ressouffle de sa propre bouche, s’il veut.  C’est possible, c’est pensé pour cela. Auteur et lecteur sont très près de l’un de l’autre dans l’expérience de la création littéraire, rarement la distance a été si réduite. Une expérience, je vous dis.

Bravo

Critique de la collection sur le site TopoLivres en cliquant ICI

Apprendre la différence …

7mars

Non la lenteur n’est pas synonyme de débilité !

Je voulais vous parler d’un texte aussi poétique que poignant dans son thème, dans sa singularité et qui a l’extrême pertinence d’évoquer la difficulté de communiquer et surtout de faire accepter à son entourage, même le plus proche, sa façon personnelle d’être au monde, de percevoir le monde « hors des sentiers battus ».

Ce texte s’appelle « Rien que ta peau ». Il a été écrit par Cathy Ytak, romancière ados/adultes et auteur de livres pour la jeunesse et qui, soit dit en passant, est également la traductrice en français de Lluis-Anton Baulenas, Sebastia Alzamora, Joan-Lluis Lluis et Maria Mercè Roca, auteurs catalans contemporains.

Il fait partie de la collection « D’une seule voix » chez Actes Sud junior, paru en octobre 2008, 7€80.

Ludivine raconte son histoire. D’abord, elle n’aime pas son prénom alors quand elle fait la connaissance de Mathis, un jour par hasard à la descente du bus qui la ramène quotidiennement chez elle, elle préfère lui dire qu’elle s’appelle Louvine. Il y a en effet quelque chose de sauvage en elle, on apprend que petite elle criait beaucoup.
Aujourd’hui elle a dix-sept ans et passe ses journées dans un « lycée pour débiles » comme elle dit. Elle vit en pleine nature, loin de la ville, et cette nature est sa vraie nature, on pourrait dire qu’elle vit comme elle : lentement, en silence, avec une hypersensibilité aux bruits, aux odeurs et surtout aux couleurs.
Louvine aime la vie en mode ralenti, elle ne sait pas l’apprécier autrement car c’est comme ça qu’elle l’aime, à l’image de cette nature qui l’entoure et qu’elle trouve si belle.
« Quand tout va trop vite, je ne sais plus. »

Ses parents la prennent pour une attardée mentale,  au mieux pour une immature. Parce qu’elle n’arrive pas à décider de ce qu’elle va mettre rapidement, parce que pour elle l’harmonie des couleurs  est très important, parce qu’elle mange lentement, parce qu’elle parle peu.

Evidemment, dans la société qui est la nôtre, la lenteur pourrait être considérée comme un handicap mais pour autant,
combien de fois, emportés par le rythme effréné de nos vies, n’avons-nous pas eu envie de la retrouver cette lenteur ? Quitte à justement « se mettre au vert » comme on dit, quitte à partir se « ressourcer » dans la nature, loin du tumulte de nos villes et du rythme « abêtissant » du travail ?…

Alors Louvine du haut de ses dix-sept ans fait la rencontre de Mathis et on pourrait dire que cette rencontre est providentielle tant elle tombe sur un jeune homme qui la comprend et la respecte et l’estime pour ce qu’elle est. Ils s’apprivoisent lentement, doucement mais sûrement et ils vont s’aimer. Avec une infinie tendresse, un infini respect et une infinie simplicité et les mots de Cahy Ytac traduisent merveilleusement ces émotions.
Il aime la nature comme elle, il a une passion pour les oiseaux, lui non plus ne parle pas beaucoup mais rien ne les empêchera de communiquer, et son handicap à lui c’est qu’il est daltonien.
Et ils vont faire l’amour. C’est Louvine qui fait le premier pas et ce sera pour elle la toute première fois.
Et c’est là que les choses se gâtent. Les adultes interviennent et au nom de la soit-disante immaturité de Louvine, crient au viol, sabordent littéralement ces premiers émois en la faisant passer pour victime et en mettant tout en oeuvre pour que Mathis ne revienne jamais.
Cependant, aussi violente, injuste et dramatique que cette issue puisse être, Louvine va puiser toute sa force d’être dans le souvenir des sensations tactiles d’amour partagé avec Mathis, ce « rien que sa peau » qui lui donnera toute sa densité à elle et l’aidera à tenir debout, à occuper la place qui est la sienne, en toute intelligence et responsabilité.

Bien sûr, ce texte est très fort, très symbolique, les parents y sont un peu trop stygmatisés mais pour ma part je l’ai perçu comme un texte coup de poing pour le réveil des consciences. Il est très beau à lire à haute voix (la collection est pensée d’ailleurs pour cela, dans sa longueur et sa mise en page).

Et ce qui me touche le plus et qui me paraît le plus important à travers ce texte, c’est quil réhabilite les autres formes de langage que sont les sensations, les gestes, les regards, tout aussi parlants, tout aussi porteurs de sens que la parole.

Egalement, le rapport qu’entretient la lenteur avec la « normalité ».

Plus subtilement encore, ce texte interroge sur l’ingérence parentale en terme d’intimité sexuelle. Dans l’histoire, leur intervention est légitimisée par leur propre conviction que leur fille, pourtant en âge d’avoir des rapports sexuels, n’est pas normale, conviction basée uniquement sur leur perception toute personnelle de la normalité. L’anormalité devient ici un écran opaque les empêchant de voir leur fille grandir, écran qui les aveugle ou derrière lequel ils se réfugient avec leurs peurs, leurs angoisses et leur culpabilité.

Il serait stupide de rappeler le respect de l’intimité et de la dignité des personnes « pas comme les autres », n’est-ce pas ?…

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Tout savoir sur Cathy Ytac en cliquant ICI

La critique de « Rien que ta peau » sur le site Altersexualité, par Lionel Labosse

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Apprendre des anciens pour mieux vivre son présent, une histoire de voyage et de passage …

7mars

Guadalquivir, le premier roman dense et intense de Stéphane Servant

Paru aux éditions Gallimard dans la collection Scripto, pensée pour les ados
et les jeunes adultes.
Dépôt légal : Janvier 2009, 9€.

Guadalquivir

L’histoire de Frédéric, un ado dont la jeunesse s’entoure de paysages bien gris. Frédéric, un ado coincé entre deux rives, tours HLM d’un côté, pavillons de banlieue de l’autre, et qui va creuser son propre fleuve de vie à la lumière de l’insolente folie de sa grand-mère, Pépita.

Un roman initiatique, bien sûr, au sens d’abord très concret : partir, sans rien, prendre le train, sans billet, déjouer la loi, les interdits, les convenances. Suivre sa folle grand-mère pas si débile que ça (mais la vieillesse est parfois « encombrante » pour certains et conduit à accentuer le caractère infantilisant provoqué par les maladies de la vieillesse comme l’Alzheimer par exemple), la suivre pour la protéger mais aussi pour apprendre de ce qu’elle a à faire, elle, dans ce qui sera, pour elle,  son dernier voyage, là-bas en Andalousie. Ce même voyage qui pour Frédéric marquera le commencement de sa vie de petit d’homme, c’est-à-dire avec la conscience de ses racines.

Savoir d’où l’on vient pour décider où l’on va.

Dernier voyage parmi les vivants pour Pépita donc, entraînant dans son sillon son petit-fils, qui voit toute l’énergie et la conviction qu’elle déploie contre tout obstacle pour trouver SA paix, avant son Ultime départ.  Lui, le petit-fils en manque de repères qui la suit parce qu’il n’a plus rien à perdre et qui va se trouver grâce à elle, le long et sur les bords du fleuve Guadalquivir.

Pour elle : besoin vital de revenir sur sa terre natale, entrer en communion avec ses chers disparus.
Pour lui : découverte de l’histoire singulière de ses ancêtres : son grand-père, ami de Federico Garcia Lorca, dont il apprendra qu’ils furent tous deux assassinés pour l’armée franquiste au bord du Guadalquivir, en 1936.

Avec sur la route, la rencontre de Kenza son homologue au féminin, révoltée comme lui, en souffrance comme lui.
Lui petit-fils d’immigrés espagnols. Elle, fille d’immigré marocain.

C’est un roman fort, extrême, lyrique parfois à certains passages, l’important n’étant peut-être pas de rester plausible  dans le déroulement des faits mais plutôt d’être crédible par la force expressive du sens symbolique parfois exacerbé que l’on perçoit à travers les situations et les portraits dressés par l’auteur : la quête des origines, la confrontation jeunesse/vieillesse, l’apprentissage des limites, la similitude dans la différence, la mise en chemin sur la route du sens qui s’opère progresssivement, et sur laquelle notre héros commence à s’apprivoiser à mesure qu’il s’apprivoise avec les autres. La difficulté de vivre et de la vie, réelles, mais l’apaisement dans l’acceptation de sa capacité à tracer sa propre voie.

Comme toucher le fond pour mieux renaître à soi-même, déjà à cet âge-là oui parce qu’il y a eu manques : d’affection, d’attention, de dialogue, éléments cruciaux pour bâtir une identité en devenir.

C’est une figure de rebellion riche, puissante, que l’auteur nous livre dans cette histoire particulièrement dense et nerveuse, où sont abordés en filigrane le franquisme, le sort des immigrés clandestins venus du Maghreb, la violence et la recrudescence du racisme en particulier chez les jeunes en manque de repères dans une société multiculturelle où il est si facile de tomber dans le cliché lorsqu’on « galère » et  lorsque l’environnement, au pire hostile au mieux morose (les banlieues cités sont des structures qui n’ont jamais été conçues pour l’épanouissement de l’être humain) n’aide pas à trouver un fil sur lequel tirer pour s’approcher de ce qui pourrait être sa juste place.

Environnement qui n’offre pas d’exemple valorisant dans le bon sens le désir d’être quelqu’un. Du moins pas dans l’immédiat. Il faut entrer en quête et cela n’est pas gratuit ni facile. Dans une société qui hélas valorise l’immédiateté et la vitesse, bien des ados sont les premiers à être attirés dans ce giron.

Alors quoi ? Faut-il en passer irrémédiablement par l’épreuve du feu ? Faut-il se pencher au bord du gouffre, au-dessus du vide ? Faut-il se retrouver dans une situation d’urgence (et la provoquer peut-être inconsciemment) pour entrevoir sa vérité ? pour s’obliger à en prendre le chemin ? … Faut-il nécessairement avoir « La rage » pour s ‘en sortir comme l’auteur le suggère citant en épigraphe un extrait des paroles de cette chanson de Keny Arkana,  que l’on soit « insoumis, sage, marginal, humaniste ou révolté ! » ?

Un questionnement existentiel exprimé avec une violence qui se comprend d’autant mieux pour l’âge adolescent, mais qui vaut pour tout le monde.

Ce livre est également pour moi une invite à mieux communiquer avec sa famille, en particulier avec les anciens, ne pas passer à côté de ce qu’ils ont à nous dire, en fin de vie,  recueillir et éventuellement transmettre, cela dépend, mais apprendre d’eux, faire ce nécessaire retour en arrière.

Evidemment, je suis une adulte, moi qui ait lu ce « roman pour ados ». Et au terme de cet article je me demande comment transmettre tout ce qu’il m’a donné à penser.
Comment donner à penser sans faire intello, sans faire barbant, sans faire trop sérieux ? Je ne sais pas.

Penser sa vie et vivre sa pensée.
Précepte que je me répète souvent tel un leitmotiv, comme une éternelle interrogation qui chemine en moi-même.

En tous cas, j’espère que des ados trouveront ce livre sur leur route et qu’ils le liront et qu’ils l’aimeront !

Je laisse les mots de la fin au 2e épigraphe choisi par Stéphane Servant pour introduire son roman, ces quelques vers du poète Antonio Machado, décédé d’épuisement tant moral que physique trois ans après F. Garcia Lorca, en 1939, à Collioure (Pyrénées-Orientales), après avoir passé la frontière franco-espagnole comme ce fut le sort de milliers de républicains espagnols partis en exil lors de la Retirada.

« Voyageur, le chemin
C’est les traces de tes pas
c’est tout ; voyageur
il n’y a pas de chemin,
le chemin se fait en marchant. »

Extrait du poème tiré de Proverbes et Chansons, XXIX,
in Poésies, Gallimard, 1973.

« Ceux qui ont dit non »

7mars

C’est une collection de petit livres en format poche dirigée par Murielle Szac qui a démarré en 2008 chez l’éditeur Actes Sud junior et que je trouve particulièrement pertinente.
Elle est censée s’adresser aux adolescents mais je la conseille vivement bien au-delà de cette tranche d’âge.
Comme son nom l’indique, elle met à l’honneur des personnalités de toutes nationalités qui sont un jour montées au créneau contre les injustices criantes de notre bas-monde :
Victor Hugo contre la peine de mort, Lucie Aubrac contre le nazisme, Rosa Parks contre la discrimination raciale, Victor Jara contre la dictature, pour les 4 premiers titres.

Chacun de ces titres se compose de 2 parties :
- un récit de fiction directement inspiré du contexte biographique et historique, écrit par un auteur contemporain,
- un dossier intitulé « Eux aussi ils ont dit non » qui offre à la fois une synthèse historique et fait le point sur le sujet abordé dans  notre monde actuel.
Le tout est accompagné de quelques pistes (livres, disques, films, lieux à visiter) ainsi que d’un petit carnet d’adresses d’associations, institutions… pour ceux qui veulent aller plus loin en s’informant et peut-être aussi en s’engageant à leur tour.

Le lien sur la collection en cliquant ICI

4 nouveaux titres pour 2009 : Victor Schoelcher contre l’esclavage, Joseph Wresinski contre la misère, Simone Veil contre les avortements clandestins, le Général de Bollardière contre la torture.

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« En disant non, toute désarmée que j’étais,
je restais en phase avec moi-même.
Je ne cherchais nullement à être une citoyenne modèle [...]« 

Extrait choisi de la 4e de couverture. Texte de Nimrod.